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DESCRIPTOIN IN FRENCH
PANGLAO
Richesse, rareté et singularité dans
les écosystèmes marins
:
les récifs coralliens des Philippines
1.
Contexte général
du projet
2. PANGLAO : pourquoi ? comment ? avec
quels moyens ?
3. Projet scientifique
1.
Contexte général
du projet :
La biodiversité, Rio +10 et le Muséum
Un
regard nouveau:
Au cours des 20 dernières années,
le regard des scientifiques sur la biodiversité s'est
profondément transformé.
D'un monde que l'on croyait fini et peuplé de
2 millions d'espèces environ, notre
perception est aujourd'hui passée à celle
d'une biosphère peuplée d'au
moins 10 millions d'espèces, et
peut-être beaucoup plus. Dans le
même temps, l'impact de l'Homme sur
son environnement conduit à une
accélération du rythme des
extinctions sans précédent
dans l'histoire de la vie sur Terre : les
espèces s'éteignent aujourd'hui à une
vitesse 10.000 fois supérieure à celle
des extinctions naturelles.
Une
planète dont l'exploration
n'est pas achevée:
Dans un monde qui s'étonne des prouesses
du génie génétique,
de l'informatique ou de l'exploration spatiale,
il parait incongru de déclarer que
nous ne connaissons pas toutes les espèces
de plantes et d'animaux qui peuplent la
planète. Et pourtant, les zoologistes
et les botanistes découvrent encore
tous les ans de nouvelles espèces
de poissons, d'insectes, de coquillages
ou de champignons. Les forêts tropicales,
les grands fonds marins et les récifs
coralliens constituent les grands fronts
de l'exploration de la biodiversité.
Biodiversité et
géopolitique:
La richesse et le savoir sont inégalement
répartis à la surface du
globe, la biodiversité aussi. Ce
sont les pays du Nord (Europe, Etats-Unis)
qui concentrent l'essentiel des connaissances
sur la biodiversité, mais ce sont
les pays du Sud (Pays en Développement,
pays émergents) qui concentrent
l'essentiel des espèces vivantes.
Les principaux réservoirs d'espèces
nouvelles inconnues sont tous situés
sous les tropiques, là où la
pression de développement est la
plus forte, et également là où les
institutions scientifiques sont les moins
nombreuses.
Le
rôle du Muséum:
Dans ce contexte international complexe,
quelques grandes institutions scientifiques
constituent des pôles incontournables
pour la connaissance, l'inventaire et
la description de la biodiversité :
le Muséum national d'Histoire
naturelle est l'un d'eux. Sa mission
est de constituer et conserver des collections
qui portent témoignage de toutes
les espèces de plantes et d'animaux
de la planète. Ces collections
confèrent à la France une
place de leader dans ce champ de la recherche
scientifique, en même temps que
des responsabilités internationales
en tant que dépositaire d'un patrimoine
commun de toute l'humanité.
Dans le cadre de la Convention sur la
Diversité Biologique,
le Muséum est l'organe scientifique
de la convention auprès du Ministère
de l'Ecologie et du Développement
Durable. Il participe aux engagements de
la France en apportant expertise, formation
et partenariat avec les scientifiques des
pays du Sud, et restitution de l'information
sur la biodiversité contenue dans
ses collections.
2. PANGLAO : pourquoi ? comment ? avec
quels moyens ?
Les
mers d'Asie du Sud-Est (Mer de Chine
du Sud, Philippines, Indonésie)
constituent un "Triangle d'Or" de
la biodiversité marine : on estime
en effet que c'est dans cette partie du
monde que les faunes et les flores marines
sont les plus riches en espèces,
en particulier celles qui vivent dans les
récifs coralliens. Mais ces régions
figurent aussi parmi les plus mal connues
et les plus menacées : l'exploration
et l'inventaire de ces faunes répondent
donc à la fois à un enjeu
scientifique et à une urgence environnementale.
C'est dans ce contexte que le Muséum,
en partenariat avec l'Université San
Carlos de Cebu, a l'ambition de conduire
en 2004 sur les récifs coralliens
des Philippines une grande opération
qui fera date dans l'histoire de l'exploration
de la biodiversité marine. Elle
s'inspire d'une opération de même
nature, LIFOU 2000, conduite avec succès
par la même équipe aux Iles
Loyauté dans le Pacifique Sud-Ouest.
Le site de Panglao (province de Bohol)
a été retenu au terme d'une
mission de repérage conduite en
juin 2002.
Objectifs
scientifiques du project:
- Inventorier les invertébrés
les plus diversifiés d'un écosystème
tropical complexe et établir les
bases d'un site de référence
de la biodiversité marine au niveau
mondial ;
- Etablir un lien entre inventaire scientifique
et conservation de la biodiversité,
et évaluer la durabilité d'une
pêcherie de coquillages de collection
;
- Former de jeunes chercheurs philippins à la
taxonomie, constituer des collections représentatives,
et créer une banque d'images de
la faune échantillonnée ;
Constitution
de l'équipe:
Le projet rassemblera environ 80 personnes
: scientifiques (chercheurs, techniciens, étudiants),
volontaires issus du milieu associatif,
plongeurs, sous la direction des professeurs
Philippe Bouchet et Danilo Largo. Cette équipe
comprend un noyau dur d'une douzaine
de personnes du Muséum, déjà rompue à ce
genre de mission et forte de plus de
10 ans d'expérience.
Relations
internationales:
Le projet PANGLAO a une triple dimension
internationale
(a) par la constitution de l'équipe
qui conduira l'opération sur le
terrain, en particulier la très
forte participation de chercheurs d'autres
pays européens, des USA, et d'autres
pays d'Asie du Sud-Est (Singapour, Viet
Nam, Thailande, Taiwan) ;
(b) par le site d'étude et les partenariats
locaux aux Philippines même ;
(c) par le réseau mondial de spécialistes
que le Muséum mobilisera après
la campagne pour la valorisation et l'exploitation
des résultats : plus de 50 spécialistes
de 20 pays collaborent régulièrement
avec l'équipe du Muséum porteuse
du projet ;
Moyens
acquis:
Le coût total du projet (hors salaires
et charges des participants) s'élève à 230.000
euros. La Fondation d'Entreprise Total
pour la Biodiversité et la Mer,
le Ministère des Affaires Etrangères
et l'ASEAN Regional Center for Biodiversity
Conservation (ARCBC, programme de l'Union
Européenne basé à Los
Banos, Philippines) soutiennent financièrement
le projet.
3.0.
Projet scientifique
3.1. RESUME
Les
biologistes marins ont reconnu depuis
longtemps dans l'Océan Pacifique
l'existence d'un gradient de biodiversité :
les mers d'Asie du Sud-Est constituent
un "Triangle d'Or" où la
richesse spécifique est la plus élevée.
Elle s'appauvrit graduellement à mesure
que l'on s'éloigne de ce cœur,
avec un "pôle froid" en
Polynésie orientale. La reconnaissance
de ce gradient s'appuie cependant, dans
la littérature scientifique, sur
un nombre étonamment faible de données
chiffrées, de surcroit très
disparates. L'objet du présent projet
est précisément de recueillir
des données nouvelles sur la richesse
spécifique d'un site situé au
cœur du "pôle chaud" du
gradient de biodiversité marine
: Panglao, aux Philippines. Les résultats
seront comparés à ceux obtenus à Rapa,
dans l'archipel des Australes (Polynésie
française), qui représente
le "pôle froid" de ce gradient,
et à Koumac, Touho et Lifou (en
Nouvelle-Calédonie), qui occupent
une position intermédiaire. Les
deux aspects innovants du projet concernent
l'échelle spatiale des sites d'étude
(échelle du paysage : 50-300 km²)
et les taxons cibles (invertébrés
sessiles : mollusques, crustacés
décapodes). Les résultats
attendus touchent aux concepts qui alimentent
les stratégies de conservation de
la biodiversité : richesse, rareté et
singularité.
3.2. PROGRAMME DE RECHERCHES
Présentation
du sujet:
En termes de biodiversité, les récifs
coralliens sont souvent comparés
aux forêts tropicales car le nombre
d'espèces et la complexité de
leurs interactions en font les écosystèmes
biologiquement les plus riches de la planète.
Sur un total de 275.000 espèces
marines vivantes (algues et animaux) connues à ce
jour, on évalue à 195.000
le nombre de celles vivant dans les mers
côtières tropicales, dont
93.000 dans les récifs coralliens
: une espèce marine sur 3 vivrait
donc dans les écosystèmes
récifaux. Cependant, la composition
et la structure de la répartition
spatiale de ce foisonnement d'espèces
restent mal connues.
a) En termes de composition, l'inventaire
de la biodiversité marine se poursuit
au rythme de 1.800 espèces nouvelles
décrites annuellement, dont 43%
environ pour la seule province Indo-Pacifique.
L'inventaire est donc loin d'être
achevé, particulièrement
pour les espèces petites et rares,
les commensaux, les associés et
les parasites, qui constituent pourtant
la majorité des espèces dans
les écosystèmes complexes.
Malgré ce déficit, peu d'actions
de terrain sont organisées spécifiquement
pour collecter la biodiversité dans
les régions sous-étudiées
: la découverte d'espèces
nouvelles est souvent le résultat
fortuit de recherches conduites au départ
pour d'autres objectifs. La plupart des études
intégrées sur la biodiversité marine
tropicale se concentrent sur quelques indicateurs "phares" (poissons,
coraux) et négligent les autres
taxons, précisément parce
que leur grande diversité et les
difficultés de leur étude
systématique les rendent inabordables
pour les non-spécialistes.
b) En termes de répartition spatiale,
les biogéographes ont reconnu depuis
longtemps dans l'Océan Pacifique
l'existence d'un gradient de biodiversité :
la richesse spécifique est la plus élevée
dans les mers d'Asie du Sud-Est et s'appauvrit
graduellement à mesure que l'on
s'éloigne de ce cœur, avec
un "pôle froid" en Polynésie
orientale (Hawaii, Pitcairn, Ile de Pâques).
La reconnaissance de ce gradient s'appuie
cependant, dans la littérature scientifique,
sur un nombre étonnamment faible
de données chiffrées, de
surcroît très disparates.
A l'autre extrémité de la
gamme des échelles spatiales, l'approche
quantitative des écologistes permet
de calculer rigoureusement des indices
de diversité dont le caractère
prédictif ne dépasse cependant
pas l'échelle du mètre carré.
Entre les deux, l'échelle du paysage
est intuitivement perçue comme la
plus pertinente pour la gestion des espaces
naturels et la conservation de la biodiversité,
mais elle reste négligée
des systématiciens qui inventorient
les espèces.
Le
présent projet se propose donc
de faire progresser les connaissances sur
la biodiversité récifale à travers
une démarche innovante qui superpose
trois difficultés :
- en se situant au cœur du pôle
chaud du gradient de biodiversité du
Pacifique, là où la richesse
spécifique est maximale ;
- en choisissant un site d'étude à l'échelle
du paysage, présentant une hétérogénéité interne élevée
;
- en prenant pour cible deux taxons très
diversifiés d'invertébrés
sessiles : les mollusques et les crustacés
décapodes.
Objectifs du projet:
L'objet du présent projet est de
recueillir des données de qualité sur
un site récifal complexe situé au
cœur du "pôle chaud" du
gradient de biodiversité Pacifique
tropical : Panglao, aux Philippines. Les
résultats seront comparés à ceux
obtenus par la même équipe à Rapa,
dans l'archipel des Australes (Polynésie
française), qui représente
le "pôle froid" de ce gradient,
et à Koumac, Touho et Lifou (en
Nouvelle-Calédonie), qui occupent
une position intermédiaire. L'échelle
spatiale des sites d'étude est celle
du paysage (50-300 km) et les taxons cibles
sont des invertébrés sessiles
(mollusques, crustacés décapodes).
Les
sites de KOUMAC, TOUHO et LIFOU correspondent à des
opérations de terrain déjà menées
en 1993-2000 par le Muséum et l'IRD.
Le site de RAPA correspond à une
opération conduite novembre 2002.
Le site de PANGLAO est une opération
nouvelle, avec une étude de faisabilité et
une préparation logistique en 2002-2003
pour une réalisation sur le terrain
en mai-juillet 2004. La formule retenue
est celle du site-atelier, afin de faire
travailler ensemble une cinquantaine de
personnes (chercheurs, techniciens, volontaires).
Résultats
attendus:
Au terme du présent projet, des
données de même nature, obtenues
par la même équipe avec les
mêmes méthodes, seront disponibles
sur 5 sites : Koumac (côte ouest
de Nouvelle-Calédonie), Touho (côte
est de Nouvelle-Calédonie), Lifou
(Iles Loyauté), Rapa (Iles Australes),
Panglao (Philippines). Certains des résultats
attendus concernent chacun des sites pris
individuellement, d'autres relèvent
d'une approche comparative entre sites.
Ils peuvent grosso modo être ordonnés
autour de trois mots clés :
(1) Richesse.
La première étude intensive
(400 journées-personnes sur le terrain)
de sites à méso-échelle,
réalisée par l'équipe
du présent projet, a révélé la
présence de 2500 à 3000 espèces
de mollusques sur des sites de 50-300 km² du
lagon de Nouvelle-Calédonie : davantage
d'espèces que dans toute la Méditerranée
ou la Nouvelle-Zélande, 5 à 6
fois plus que dans les Iles Britanniques.
Si l'on extrapole aux mollusques les gradients
observés chez les coraux, on peut
s'attendre à des chiffres de l'ordre
de 500 espèces à Rapa, et
5 à 10.000 à Panglao.
(2)
Rareté.
Une caractéristique des écosystèmes
tropicaux complexes (forêts, récifs)
est que la plupart des espèces sont
petites et rares. A Koumac, 20% des espèces
sont représentées par des échantillons
uniques, malgré un effectif total
de 127.000 spécimens. L'obtention
de résultats semi-quantitatifs sur
5 sites permettra d'évaluer le poids
des différentes formes de rareté :
espèces à faible effectif
et à large répartition écologique
et géographique (rares s.s.) ; espèces
localement communes mais à répartition
géographique restreinte (endémiques)
; espèces à spectre écologique
très étroit, vaste répartition
et effectifs indifférents (sténoèces).
(3)
Singularité.
La question de la représentativité des
aires protégées est centrale
dans les stratégies de gestion de
l'espace et de conservation de la biodiversité.
En Nouvelle-Calédonie, les deux
sites étudiés, pourtant distants
d'à peine 200 km, ont un taux de
recouvrement de leur biodiversité qui
ne dépasse pas 40% (60% des espèces
ne sont présentes que sur un seul
site). Compte tenu des niveaux de richesse
spécifique attendus (cf. 1 ci-dessus),
on peut s'attendre à des taux de
recouvrement encore plus faibles avec Rapa
et Panglao. De tels résultats renforceraient
une stratégie d'approche locale
des réseaux d'aires protégées
("ne pas mettre tous ses œufs
dans le même panier") ; au contraire,
les résultats inverses renforceraient
les stratégies régionale
et globale (un site bien choisi est représentatif
d'en espace beaucoup plus vaste).
Le site choisi pour le travail de terrain
est Panglao, au sud-ouest de Bohol. Depuis
la fin des années 1980, Panglao
et l'ile voisine de Balicasag sont une
source importante de spécimens
de profondeur, collectés avec
des filets dormants par les pêcheurs
locaux pour le commerce international
du coquillage de collection. Le site
offre donc l'occasion unique de combiner
une étude fondamentale sur la
biodiversité marine avec une approche
socio-économique de ce commerce
et de son impact sur l'économie
familiale.
4.0.
Conduite du projet
4.1. Responsable du projet
Dr.
Philippe BOUCHET
né le 13/08/1953
Professeur au Muséum national d'Histoire
naturelle
55 rue Buffon
75005 Paris.
Tel.:
0140793103 / 0140793104
Fax: 0140793089
E-mail: pbouchet@mnhn.fr
en partenariat avec:
Dr. Danilo Largo
University San Carlos, Cebu City, The Philippines.
Talamban, Cebu City 6000.
Tel.: (+63) 32 346 1128
Fax: (+63) 32 344 6715
e-mail: largodb@yahoo.com
4.2. Participants
(1) Muséum National d'Histoire Naturelle,
Paris : un groupe de 15 chercheurs, techniciens,
volontaires et moniteurs de plongée.
(2) Université San Carlos, Cebu
: un groupe de 13 chercheurs philippins
des départements de Biologie Marine,
Economie et Socio-Anthropologie, coordonné par
le Dr Danilo Largo.
(3) Participants d'autres organismes philippins
(Marine Science Institute, UP Manila; Ateneo
de Manila) et français (Institut
de Recherche pour le Développement,
Nouméa).
(4) Participants d'autres institutions
universitaires d'Australie, Autriche, Costa
Rica, Espagne, Grande-Bretagne, Italie,
Pays-Bas, Norvège, Russie, Singapour,
Suède, Taiwan, Thailande, USA et
Viet Nam.
L'atelier mobilisera en tout sur le terrain
environ 80 personnes. Compte tenu du renouvellement
des équipes, cinquante personnes
environ travailleront en même temps
sur place.
4.3. Calendrier
Juin 2002 : mission de repérage
: contacts et discussion de partenariats
avec les universitaires philippins ; choix
du site ; présentation du projet à l'Ambassade
de France.
Octobre 2002 : mise en route de la procédure
des permis, rencontres avec les élus
et administrations locales.
Février 2003 : finalisation de la
préparation logistique ; signature
d'un Memorandum of Agreement avec l'Université San
Carlos.
[26
mai – 5 juillet 2003 (6 semaines)
: Réalisation initialement prévue
de l'atelier PANGLAO. Reportée pour
cause de SRAS et lenteurs administratives
(permis de recherche) aux Philippines].
15
octobre – 1 novembre 2003 : PANGLAO
PHASE 1 avec une équipe restreinte.
Cartographie des fonds. Test des équipements
mis en place sur le bateau de l'Université San
Carlos. Relevage et redéploiement
des filets profonds. Enquête socio-économique.
28
mai – 10 juillet 2004 : PANGLAO
PHASE 2 avec l'équipe complète.
Inventaire complet de la faune de mollusques
et crustacés décapodes.
Octobre
2004 : courte mission de suivi. Conférence de presse, restitution
auprès des élus et administrations.
2004-2005 : accueil au Muséum d'étudiants
/ chercheurs philippins : formation, exploitation
des résultats.
Dr. Philippe BOUCHET,
le 20/10/02
actualisé le 16/11/03.
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